Éditorial – « Architecture et stress: mythe ou réalité? »

8 12 2007

Je me permets d’écrire un petit éditorial suite à un commentaire de la part de Vincent Nadeau au sujet de l’article « En l’honneur des fins de sessions en architecture… »:

« Je sais que ceci peut être perçu d’une façon carricaturale et humoristique, mais j’affirme que ce clip passe un message péjoratif et ne fait que transcender l’état de fausse urgence et de performance démesurée de notre société. Disons que ma vision du monde architectural auquel j’aspire m’inquiète. »

Ceci fait vibrer une corde sensible chez moi puisque j’ai personnellement vécu cet « état de fausse urgence et de performance démesurée de notre société ». Il y a de cela 2 ans, j’ai été en arrêt de travail obligatoire pendant une période de 6 semaines pour épuisement professionnel. Aujourd’hui, je peux vous affirmer que c’est (malheureusement) la meilleure chose qui a pu m’arriver car je crois que je me dirigeais vers une crise cardiaque à 35 ans. Était-je une victime de la profession, des pressions exercées par la société, par mon ambition personnelle? Durant la première semaine de « repos », mon réflexe immédiat a été de blâmer le bureau pour m’avoir mis trop de pression sur les épaules: à la sixième semaine, je me suis plutôt rendu compte de l’inverse, que c’était en grande partie ma responsabilité de ne pas avoir su dire « non » à certaines choses et surtout de ne pas avoir demandé de l’aide à mes collègues et patrons. Ce n’est évidemment pas une chose facile à faire lors de nos premières années en agence mais tout est une question de choix, d’accepter ou non ses conditions de travail et de prendre les moyens pour y remédier. On peut blâmer la profession, les clients exigeants, les délais insensés, les projets fast-track, etc, mais tout revient à une question de choix personnels.

Lorsque l’on sort de l’école, que ce soit en architecture ou autre, il y a évidemment le désir de se prouver à soi-même et aux autres. Ce qu’il y a de particulier en architecture, je crois, c’est l’étendue des connaissances à acquérir. Avec maintenant 6 années « derrière la cravate » je commence à me sentir confortable dans les situations de rencontre avec le client, coordination avec les ingénieurs, gestion des dessins, élaboration de détails techniques et surtout, gestion et négociation de chantier. Mais il y a tellement autre chose à apprendre (et à approfondir) et c’est ce qui rend la profession si intéressante! Le truc, selon moi, c’est de doser les choses et surtout, se donner une chance d’apprendre et de faire des erreurs, même en chantier: c’est alors que l’expérience rentre, littéralement!

Alors, l’architecture et le stress, mythe ou réalité: si l’on considère cela comme un mythe, on risque d’être mal préparé mais si on accepte le stress comme une réalité alors cela pourrait se résumer à une question de choix.

Et vous, qu’en pensez-vous?

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3 responses

8 12 2007
kiki lamancha

Je crois que la société s’est réellement complexifiée et que l’apprentissage d’une profession est vraiment longue. Tu parles de 6 ans pour être à l’aise. donc 6 ans pas très confortables et des situations génératrices de stress.réellement, avais- tu le choix de tes conditions de travail? maintenant que tu es un expert … ok … mais pour faire ton  »trou » n’étais tu pas obligé?
Je pense que l’on peut faire certains choix mais pas celui de l’expertise, et ça c’est générateur de stress.Il me semble que le système de préparation à une profession est encore moins performant que l’Apprentissage au Moyen âge!
Maintenant que tu es  »expert » et que tu peux, donc, faire tes choix… ma question est de savoir si tu as envie d’Aider les futurs apprentis à devenir experts pour leur éviter le burnout classique des 6 première années?

Christine

8 12 2007
kollectif

Premièrement, merci de ton commentaire!

Avec du recul, comme beaucoup de personnes qui débutent leur carrière, on se croit invincible, capable de relever tous les défis et on y arrive souvent. Sauf qu’il arrive parfois aussi que l’on frappe un mur en voulant tout faire et ça été mon cas. Mais les causes de burnout sont multiples et complexes et cet éditorial n’est qu’un témoignage de mon expérience personnelle. Le burnout en architecture n’est pas une « condition à… » mais plutôt une « conséquence de… ».

Lorsque l’on sort de l’école, on ne connaît pas nos marges de manoeuvres alors on consacre beaucoup d’énergie vers l’atteinte de la perfection. Cependant, l’expérience que l’on acquiert au fil des années nous permet entre autre de mieux orienter notre énergie en vertu des forces et des faiblesses que l’on se découvre à travers des projets. Et faire son « trou » n’est pas une obligation: durant les premières années, je crois que la meilleure attitude à avoir est d’être comme une éponge et d’absorber le plus d’information possible.

Je crois que le meilleur exemple est celui de la boîte à outil: tu arrives sur le marché du travail avec une boîte à outil de base que l’école t’as fourni. Au fil des semaines et des mois, ta boîte se remplit, des fois tranquillement et tu as la chance de prendre le temps à manier et découvrir ce nouvel outil. Et parfois, un rythme fou t’impose de te familiariser avec un outil le plus rapidement possible et c’est à peine si tu te rappelles de son nom 3 mois plus tard: mais ce n’est pas grave car tu vas apprendre à l’utiliser plus tard. Et ça continue ainsi jusqu’à temps que ta boîte à outil soit pleine (ou plutôt lorsque tu décides qu’elle est assez pleine – hmmm, de préférence, jamais)!

La question est posée à savoir si j’ai « envie d’aider les futurs apprentis à devenir experts pour leur éviter le burnout classique des 6 première années »? La publication de cet article et de cette discussion est, je l’espère, un bon départ non pas pour devenir expert mais seulement apprendre de mon expérience. Et plus il y a de gens qui partageront leur propre expérience, plus cet article aura un sens utile pour d’autres. Je le répète, le burnout en architecture n’est pas une « condition à… » mais plutôt une « conséquence de… ».

11 12 2007
Nicolas Marier

L’apprentissage est un processus continu… et sans fin. Avis aux assoiffés de connaissances: le design de l’environnement (bâti, soit si l’on doit vraiment diviser ces disciplines: les arts, le design graphique, le design industriel, l’architecture intérieure, l’architecture, l’architecture de paysage et l’urbanisme) sont des puits sans fond pleins d’eau de source fraîche… Il ne s’agit pas d’une course, mais d’un chemin, sur lequel, parfois on cours, parfois on marche et parfois on s’arrête. Et jamais on ne se lasse de reprendre la route ! On the road…

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